JESSICA93 + MARIA VIOLENZA + LA SCROAFA EMPUTECIDA
+ NOIR BOY GEORGE

4h30
Production : La Marbrerie
Bal Chavaux • Placement libre – Debout

JESSICA93 

Jessica93 chez Born Bad, ça va mal finir en beauté, on le sait, mais restons calmes. Geoffroy Laporte, à nouveau seul contre tous, joue solo perché sur une boite à rythmes aux patterns d’avant-guerre du Golfe. Il alterne basse et guitare pour construire des boucles âpres et saturées, sur lesquelles il gueule doucement. C’est là que ça se corse : chaque clan le veut parmi les siens. Grunge, y’a comme un parfum oui, mais Jessica est pas nécrophage. Punk, certes, mais on parle plus de circuit de diffusion que d’identité. Cold wave, question d’ambiance, mais il a ni le matos ni

le sérieux. La horde rock, sûre d’elle, l’a entendu chanter les cheveux dans les yeux, et vu jouer de la gratte plutôt que de la guitare...mais il a pas pris sa carte au Parti. Le Metal avait un truc à dire mais personne l’a écouté, à tort. Peut-être est-il temps de lui foutre la paix stylistique des braves, et d’apprécier que Jessica93 a érigé en musique de confort sa recette très personnelle du bouillon de seum.

Pour qui l’a vu en concert, on tremble en pensant qu’il se lève le lendemain, et qu’il conduira 300 bornes pour recommencer une sieste plus tard, alors qu’on met une semaine à se remettre de la moitié de la même soirée. Comme tant d’autres soldats inconnus au bataillon de la musique, confinés en banlieue d’eux-mêmes. Pas un hasard si il s’est tatoué un 93 sur le blase, comme l’Underground a tenu à être de Villejuif, comme Noir Boy George était messin plutôt que français, ou Usé d’Amiens plutôt que de bon poil.

https://www.instagram.com/___.jessica93.___/

 

MARIA VIOLENZA

A Palerme, sur la Piazza Marina, se dresse le Palazzo Chiaramonte, bâtiment connu pour avoir été le siège du Tribunal de l'inquisition Sicilienne. C'est à cet endroit qu'ont été condamné les sorcières, les blasphémateurs et les rebelles au bûcher.

Aujourd'hui, dans ce décor méditerranéen où les couleurs et les épices se mélangent à l'odeur de sueur, il y a Maria Violenza, l'incarnation de la vengeance des hérétiques.Ça vous attrape, vous cloue au mur, les névroses s'accentuent, et l'accélération fatale des beats vous emmène dans un monde souterrain.

Maria Violenza, c'est de l'exorcisme moderne avec pour outils un demi-beat clavier, des riffs folkloriques arabes, une loop-station et l'ajout d'une machine à tambour.

« Terrona » est un terme péjoratif qui désigne les personnes du Sud de l’Italie. Il dépeint une personne qui manque supposément de bonne manière, au teint olive et petite. En somme, un admirable patrimoine qui illustre bien ce nouvel album : Cristina atténue le pas, pour contempler le monde courir vers sa ruine, fulminant et haletant, emporté par une folie consumériste qui le détruit peu à peu.

De cette observation est né un recueil de constats réfléchis et muris, trois ans après le dernier album « Capelli di Catene ».

Un assemblage où l'amertume fait corps à des mélodies délicatement acérées, qui annoncent solennellement la tempête. Les thématiques ont un ton grave, on y parle de racisme, de l'occupation illégale de la Palestine, de suicide, d'amour fraternel...avec le regard incisif d'une Terrona.

Toujours ce terme, qui éclipse l'humain passionnel, plus enclin à lever le voile et à dénoncer le réel. Un coup de lame dans le cœur de la tragédie, dans l'espoir que la douleur change de camp.

https://www.instagram.com/maria_violenza/

 

LA SCROAFA EMPUTECIDA

En 1886, l'auteur Stevenson narrait l'histoire de "L'étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde".

Un philanthrope obsédé par sa double personnalité, met au point une drogue pour séparer son bon côté de son mauvais. C'est ce dernier qui, nuit après nuit, prendra finalement le dessus et le transformera en monstrueux Mister Hyde...136 années après, le scénario n'est pas loin. Tout comme le décor nocturne de Londres n'est pas moins inquiétant que les ruelles en briques d'Amiens, quand la nuit, même les rats se sauvent au passage de la Scroafa.

Ce projet solo, dont les exhibitions sont aussi rares que traumatisantes, est peut-être la face sombre de KRINATOR (Headwar, Les morts vont bien, Badaboum)... Ici il n'y a plus de place pour la musette, la fête foraine prend des allures inquiétantes et la guitare intimide le synthé, en lui postillonnant son venin, vociférant des riffs. La haine a assombri la boite à rythme, le beat martèle aux tempes comme une crise de panique, la voix se masque, dissolue derrière des torrents de reverb et de delay, semblable aux grondements cacophoniques d'une horde de chiots-garous. La Scroafa, c’est la revanche des créatures que l'on malmène.

 

NOIR BOY GEORGE 

"Chanteur brut, un primitif, un Daniel Johnston cloué sur la croix de Lorraine, un crooner comateux de la lo-fi pourrave : peut-être même un génie. “Il y a deux choses qui font un homme : sa mère et sa drogue.” Terrible." (JD Beauvallet - les inrocks)

Nafi est un homme de l’ombre dont les apparitions sont aussi rare que son travail. Membre de la "Grande triple alliance internationale de l’Est", il ne laisse derrière lui que des canettes vides et un public en pleurs.

Le crooner opère dans les groupes « BRAS MORT » / « SCORPION VIOLENTE » / « PLASTOBÉTON » / feu « THE DREAMS » et autres projets saturés. Seul, il devient Noir Boy George, l’homme qui fait trembler la chanson française. À ce titre, il récite des poèmes de trottoir triste, sur les accords d’un synthé essoufflé. Et c’est beau : de la musique curieuse, irrégulière et douloureuse.

https://www.instagram.com/noirboy_george/c

 

Illustration : Dr.Freakowzki